Ces termes sont régulièrement utilisés pour évoquer une agriculture respectueuse de l’environnement. Que signifient-ils exactement, et quel est le rôle des arbres dans ces concepts ?
L’agroécologie
Contraction des mots agriculture et écologie, l’agroécologie désigne un type d’agriculture qui s’inspire du fonctionnement naturel des écosystèmes pour produire de la nourriture de manière durable, aussi bien d’un point de vue environnemental que social. L’agroécologie combine donc des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement avec des principes d’équité sociale et de gouvernance décentralisée du système agricole dans son ensemble.
Les pratiques agricoles “agroécologiques” sont basées sur l’observation de l’environnement et la connaissance des dynamiques qui y sont à l’œuvre. Par exemple :
- Le couvert permanent du sol par des plantes évite son dessèchement, limite le développement d’adventice, nourris les lombrics, bactéries et champignons qui enrichissent le sol en nutriments pour les plantes ;
- La diversité de plantes et de structures paysagères (haies, fossés, arbres, arbustes) attire les pollinisateurs, et hébergent une faune auxiliaire qui contrôle les nuisibles (animaux menaçant les cultures) ;
- Les animaux d’élevage en nombre modéré contribuent à structurer et fertiliser le sol ;
- Les plantes produisent naturellement des graines pour leur reproduction.

Dans un système dit “agroécologique”, on cherche ainsi à favoriser au mieux ces procédés naturels dans le but de produire des denrées alimentaires avec peu d’intrants (graines achetées, pesticides, engrais chimiques, mais aussi eau d’irrigation, carburant des machines, etc.).
A ces principes s’ajoutent une ambition sociale et équitable des systèmes agricoles. Cet aspect est en effet essentiel pour la durabilité d’une agriculture agroécologique : les petites exploitations doivent pouvoir subsister et tirer un revenu suffisant de leur activité.
Afin de préciser les contours de l’agroécologie et favoriser son développement, la FAO en a défini 13 principes clés, regroupés en 3 piliers :
Les piliers Efficience et Résilience concernent les pratiques agricoles :
- Recycler les matières premières, favoriser le local
- Réduire les intrants (engrais chimiques, graines, pesticides…)
- Optimiser la santé du sol (engrais verts, couvert permanent)
- Protéger la santé animale
- Soutenir la biodiversité au niveau de la parcelle, de l’exploitation agricole et du paysage
- Favoriser les synergies entre animaux, cultures, arbres, sol, eau et humains
- Chercher la diversification économique pour garantir une indépendance financière
Le pilier Equité Sociale concerne le système agricole dans son ensemble :
- Favoriser le partage des connaissances,
- Préserver les traditions,
- Développer le commerce équitable et les circuits courts,
- Soutenir les petites exploitations,
- Favoriser une gouvernance décentralisée entre producteurs et consommateurs pour décider d’un système adapté aux problématiques locales
Quelle différence avec l’agriculture biologique ? …
Tout comme l’agroécologie, l’agriculture biologique vise la durabilité écologique. Cependant, l’agriculture biologique vise essentiellement à encadrer les pratiques agricoles : interdiction des produits de synthèse (engrais, pesticides, herbicides), des OGMs, des cultures hors-sol ; limitation du labour profond, obligation de rotations culturales pour préserver la qualité du sol, et alimentation du bétail 100% bio. Ces règles strictes déterminent l’attribution du label “agriculture biologique”. L’agroécologie, à l’inverse, n’est pas encadrée par un label, ce qui peut la rendre plus difficile à suivre et développer.
… Ou la permaculture ?
La permaculture est une philosophie et un ensemble de pratiques visant à préserver au mieux la vie du sol et à stimuler les synergies entre espèces, sans recourir aux produits phytosanitaires. Elle est très proche des principes agroécologiques en ce qui concerne les pratiques agricoles, mais n’a pas les portées systémique et sociale de l’agroécologie.
L’agroforesterie
L’agroforesterie est une des pratiques agricoles prônées par l’agroécologie. C’est une pratique ancienne, répandue dans le monde entier. Elle désigne le fait d’inclure des arbres dans le système agricole (élevage ou production végétale). Les intérêts des arbres sont multiples :
- Diversifier la production : fruits, bois…
- Assurer de l’ombrage aux cultures, les protégeant du dessèchement, et aux animaux, améliorant leur bien-être
- Augmenter la biodiversité : accueil de polinisateurs, d’oiseaux prédateurs d’insectes ravageurs…
- Structurer le sol, grâce au réseau racinaire qui le décompacte tout en limitant son érosion
- Enrichir le sol par des espèces fixatrices d’azote (acacia ou robinier par exemple), l’association avec des champignons (mycorhizes) et la perte des feuilles qui amènent en surface des nutriments puisés en profondeur
- Nourrir le bétail par les fruits et la litière des arbres

Dans le monde, la part de parcelles en agroforesterie est difficile à estimer du fait de la variabilité des modèles et des données. Une étude satellite suggère que 7,5 % à 45 % des terres agricoles ont une couverture forestière comprise entre 10 % et 50 %, ce qui indiquerait une proportion similaire de parcelles en agroforesterie. En Europe, on estime que 6 % à 9 % des terres agricoles sont exploitées en agroforesterie, tandis que 10 % de terres en état critique bénéficierait d’une conversion pour ralentir l’érosion et augmenter la biodiversité.
On distingue différents types d’agroforesterie.
- Les systèmes agrosylvicoles associent les arbres à des cultures en pleine terre, on compte parmi eux
- Le verger maraicher, des cultures légumières séparées par des alignements d’arbres fruitiers
- Le jardin-forêt (ou forêt comestible), une forme dense et productive du verger maraicher, vise sur la diversification des essences, avec la particularité de présenter plusieurs strates (herbacée, arbustive, arborée), en s’inspirant de la structure naturelle des forêts
Note: la synthropie ou agriculture synthropique est une philosophie et une méthode de culture intensive d’un jardin-forêt. Voisine des principes de la permaculture, elle s’inspire de la dynamique de succession écologique (colonisation progressive d’une terre en friche par des espèces pionnières herbacées, arbustive puis arborée), et mise sur une taille régulière des essences afin de fertiliser le sol et stimuler la productivité. - La vitiforesterie, associe des vignes avec des arbres fruitiers ou forestier
- La mycosylviculture, ou culture de champignons (bolets, truffes et lactaires principalement) sous couvert d’arbres juvéniles mycorhizés (ensemencés de champignons lors de la plantation)
- Les systèmes sylvopastoraux associent les arbres à l’élevage, on compte parmi eux
- Les parcours volailles, des espaces de plein air dédiés à l’élevage avicole (poules, oies, canard…) qui intègrent des arbres sous forme de haies, d’alignement ou de bosquet
- Les vergers pâturés, combinant arbres fruitiers et prairie pâturée

