L’émerveillement automnal expliqué simplement
Chaque automne, les paysages s’enflamment de jaunes, d’oranges, de rouges et de bruns. Ce spectacle fascine : il ne s’agit pas juste d’un “plus de vert, moins de chlorophylle”. C’est le résultat d’un processus physiologique précis, la sénescence foliaire, permettant à la plante de récupérer ses ressources avant l’hiver.

Les pigments des feuilles : qui sont-ils, à quoi ils servent ?
Dans une feuille verte, plusieurs pigments cohabitent :
- La chlorophylle (a et b) : ce qui donne aux feuilles leur couleur verte. Elle capte l’énergie du soleil pour alimenter la plante, et tout ce qui vit grâce à elle.
- Les caroténoïdes (carotènes, xanthophylles) : jaunes ou orangés, toujours présents mais souvent cachés par la chlorophylle. Ils protègent la feuille en dissipant l’énergie excédentaire, évitant ainsi les dégâts.
- Les anthocyanes : rouge, violet, rose : elles ne sont pas là dès le début de l’été, elles sont fabriquées en automne. Leur rôle ? Aider à se protéger, mais aussi… peut-être envoyer un message aux insectes.
- Les composés bruns (tanins, polyphénols oxydés) : deviennent visibles quand la feuille sèche en fin de vie.
En automne : le vert disparaît, mais pas n’importe comment
En été, les feuilles sont vertes grâce à la chlorophylle, pigment-clé de la photosynthèse. Sa forte production masque les autres pigments. Mais à l’automne, la baisse de lumière et de température déclenche l’arrêt de sa synthèse. La chlorophylle, instable, est alors méthodiquement dégradée en composés incolores et sans danger pour l’arbre (phyllobilines). Cette disparition révèle les caroténoïdes toujours présents, qui protègent la feuille contre l’excès de lumière et les radicaux libres.
Dans certaines espèces (érables, myrtilliers…), de nouvelles molécules apparaissent : les anthocyanes. Produites à partir des sucres accumulés dans la feuille, elles filtrent la lumière, protègent du stress oxydatif et pourraient même signaler aux insectes herbivores que la feuille est défensive.
En fin de cycle, les tanins dominent, donnant la couleur brune aux feuilles mortes. Pendant toute cette période, l’arbre rapatrie vers ses racines et bourgeons jusqu’à 80 % de l’azote et 70 % du phosphore contenus dans ses feuilles : un recyclage vital pour le printemps suivant. Cette résorption est essentielle, surtout dans des sols pauvres.
Pour expérimenter à la maison
On peut visualiser ces pigments par une expérience simple : la chromatographie sur papier. En broyant une feuille avec de l’alcool, puis en déposant l’extrait sur un filtre à café suspendu au-dessus d’un peu de solvant, les pigments se séparent en bandes colorées : vert (chlorophylle), jaune/orange (caroténoïdes), rouge/violet (anthocyanes).
Matériel :
- Feuilles (vertes et d’automne),
- Alcool (éthanol ou isopropanol maison),
- Mortier & pilon,
- Filtre à café ou papier buvard,
- Verre.
Marche à suivre :
- Écraser une petite partie de feuille avec de l’alcool.
- Appliquer l’extrait à une extrémité du filtre.
- Placer le filtre dans un verre avec un peu d’alcool (sans mouiller le dépôt).
- Observer la montée du solvant — les pigments se séparent en bandes.
Références
Hörtensteiner (2019), Advances in Botanical Research ; Demmig-Adams & Adams (1996), Trends in Plant Science ; Gould et al. (2002), PLoS ; Karban & Archetti (2009), Trends in Ecology & Evolution ; Wright et al. (2022), Tree Physiology.


