Pourquoi suivre des indicateurs climatiques en forêt ?
Les forêts sont parmi les écosystèmes les plus sensibles aux variations du climat. Température, précipitations, humidité de l’air ou disponibilité en eau influencent directement la croissance des arbres, leur capacité à résister aux maladies et, à terme, leur survie.
Face à l’accélération du changement climatique, les forestiers et les scientifiques ont développé des indicateurs permettant de mesurer et d’anticiper les effets du climat sur les écosystèmes forestiers. Ces indicateurs constituent de véritables outils de diagnostic pour comprendre l’état de santé des forêts et prévoir leur évolution future.
Aujourd’hui, ils sont devenus indispensables pour adapter la gestion forestière, orienter les projets de reforestation et évaluer la résilience des peuplements.
La température : un indicateur fondamental
L’augmentation des températures est l’un des signaux les plus visibles du changement climatique.

En France, la température moyenne a augmenté d’environ 1,7 °C depuis le début du XXe siècle. Cette hausse modifie profondément le fonctionnement des arbres :
- démarrage plus précoce de la végétation ;
- allongement de la saison de croissance ;
- augmentation de l’évapotranspiration ;
- risque accru de sécheresse estivale.
Certaines essences profitent temporairement de températures plus élevées, notamment dans les régions montagneuses ou septentrionales. Mais au-delà de certains seuils, la chaleur devient un facteur limitant et augmente les risques de dépérissement.
Les précipitations : quantité et répartition
La quantité annuelle de pluie reste importante, mais sa répartition dans le temps l’est tout autant.
Les forêts peuvent supporter des épisodes secs ponctuels. En revanche, lorsque les sécheresses deviennent plus fréquentes ou plus longues, les arbres subissent un stress hydrique chronique.
Les scientifiques ne s’intéressent donc pas uniquement aux cumuls annuels de précipitations, mais aussi :
- à leur saisonnalité ;
- à leur intensité ;
- à la durée des périodes sans pluie.
Dans de nombreuses régions françaises, les projections climatiques montrent une augmentation des sécheresses estivales malgré des précipitations annuelles parfois relativement stables.

Le déficit hydrique : l’indicateur le plus surveillé

Pour les arbres, ce n’est pas seulement la pluie qui compte mais l’eau réellement disponible dans le sol.
Le déficit hydrique compare :
- les besoins en eau de la végétation ;
- les ressources effectivement disponibles.
Lorsque les besoins dépassent les apports, les arbres ferment leurs stomates pour limiter leurs pertes d’eau. La photosynthèse ralentit, la croissance diminue et les capacités de défense s’affaiblissent.
De nombreuses études montrent que le déficit hydrique constitue aujourd’hui l’un des meilleurs prédicteurs du dépérissement forestier en Europe.
Le SPEI : un thermomètre de la sécheresse
Parmi les indicateurs les plus utilisés figure le SPEI (Standardized Precipitation Evapotranspiration Index).
Cet indice combine :
- les précipitations ;
- les températures ;
- l’évapotranspiration potentielle.
Contrairement à un simple indicateur de pluie, le SPEI prend en compte le fait qu’une hausse des températures augmente également les besoins en eau des arbres.
Plus le SPEI devient négatif, plus les conditions sont sèches.
Les épisodes de mortalité forestière observés ces dernières années sont souvent associés à des valeurs de SPEI particulièrement faibles.
Le déficit de pression de vapeur (VPD)
Un autre indicateur gagne en importance : le VPD (Vapor Pressure Deficit).
Il mesure l’écart entre la quantité d’humidité présente dans l’air et la quantité maximale que cet air pourrait contenir.
Lorsque le VPD augmente :
- l’air devient plus desséchant ;
- les feuilles perdent davantage d’eau ;
- le stress hydrique augmente même si le sol reste relativement humide.
Plusieurs travaux récents montrent que le VPD constitue un excellent indicateur des risques de ralentissement de croissance et de mortalité des arbres.
Les arbres eux-mêmes : des indicateurs climatiques
Les arbres enregistrent dans leur bois les conditions climatiques qu’ils ont traversées.

L’étude des cernes de croissance permet ainsi de reconstituer :
- les sécheresses passées ;
- les périodes favorables à la croissance ;
- les événements climatiques extrêmes.
Cette discipline, appelée dendrochronologie, constitue l’un des outils majeurs de compréhension des relations entre climat et forêts.
Les réseaux de suivi à long terme, comme RENECOFOR en France, utilisent ces informations pour évaluer l’impact du climat sur les peuplements forestiers.
Les satellites : surveiller les forêts à grande échelle
Les progrès de la télédétection permettent aujourd’hui de suivre l’état des forêts depuis l’espace.
Les satellites mesurent notamment :
- la vigueur de la végétation (NDVI) ;
- la hauteur des peuplements ;
- la biomasse ;
- les surfaces dépérissantes.
Ces données offrent une vision continue de l’évolution des forêts et permettent de détecter précocement certains signes de stress.

Des indicateurs pour préparer les forêts de demain
Aucun indicateur ne permet à lui seul de résumer l’état de santé d’une forêt.
C’est la combinaison de plusieurs informations — température, précipitations, déficit hydrique, SPEI, VPD, croissance des arbres et observations satellitaires — qui permet aujourd’hui d’anticiper les risques et d’adapter les stratégies de gestion.
Dans un contexte de changement climatique rapide, ces indicateurs sont devenus de véritables outils d’aide à la décision.
Comprendre ce que nous disent les indicateurs climatiques, c’est apprendre à écouter les signaux faibles envoyés par les forêts. Une condition essentielle pour préserver leur capacité à stocker du carbone, accueillir la biodiversité et rendre les nombreux services dont nos sociétés dépendent.
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